Le Parti québécois se dit prêt à « redonner de la fierté aux Québécois ». C’est un slogan efficace, sans doute capable de séduire une partie de l’électorat. Mais derrière cette formule se cache une question plus fondamentale : qu’est-ce que la fierté, et peut-elle vraiment être donnée par un gouvernement ?
La fierté comme construction politique
Ce qu’on appelle « fierté collective » est une invention politique. Elle se nourrit de symboles, de récits communs, de mythes nationaux. Les États modernes savent très bien manipuler cette corde sensible : ils brandissent des drapeaux, exaltent des victoires historiques, magnifient une identité. Tout cela fonctionne, du moins en apparence, parce que l’être humain recherche naturellement un sentiment d’appartenance.
Mais cette fierté collective est abstraite. Elle est conditionnelle. Elle peut être activée ou désactivée selon les discours, les crises, ou les besoins électoraux. Elle n’est pas vécue au quotidien de manière tangible.
La fierté véritable, celle qui donne du sens à une existence, est d’une autre nature : elle est individuelle. Elle découle d’un accomplissement personnel, d’un effort soutenu qui trouve sa récompense. On peut être fier d’un projet mené à terme, d’une famille qu’on a construite, d’une œuvre qu’on a créée, d’un obstacle qu’on a surmonté. C’est cette fierté-là qui nourrit durablement un peuple, non pas les slogans martelés à répétition.
La condition de la fierté individuelle
Or, il y a une condition essentielle pour que cette fierté individuelle se multiplie et devienne, indirectement, une source de dynamisme collectif : la liberté. Plus précisément, la liberté économique et la mobilité sociale.
Un individu peut difficilement être fier de lui-même s’il se heurte sans cesse à des barrières bureaucratiques, à des rentes de situation, à des systèmes fermés qui bloquent la circulation des talents. La fierté suppose l’accomplissement, et l’accomplissement suppose la possibilité d’agir.
Dans une société où la réussite dépend davantage de la proximité avec l’État que de l’effort ou de l’innovation, les opportunités réelles se raréfient. Et lorsque les opportunités disparaissent, c’est la fierté individuelle qui s’étiole.
L’illusion étatique
Le paradoxe est frappant : l’État québécois multiplie les programmes, les subventions, les interventions. Il parle au nom de la nation, il prétend incarner sa fierté. Mais il ne peut pas créer la fierté individuelle, car celle-ci échappe par nature à la logique de redistribution et de planification.
Un chèque du gouvernement ne rend pas fier : il soulage, il compense, il sécurise peut-être, mais il n’élève pas. La vraie fierté exige un acte libre, un engagement volontaire, une transformation du réel par l’effort humain.
C’est ici que se révèle toute la faiblesse des promesses politiques fondées sur la fierté collective. Elles flattent une émotion, mais ne produisent pas de substance. Elles entretiennent une dépendance symbolique à l’État, au lieu d’encourager la conquête individuelle.
Vers une fierté authentique
Si l’on veut que les Québécois soient réellement fiers d’eux-mêmes, il ne faut pas leur promettre des symboles. Il faut leur ouvrir des portes. Il faut leur offrir un environnement où l’initiative est encouragée, où le travail est récompensé, où l’échec n’est pas un stigmate mais un apprentissage.
Autrement dit : redonner aux individus la liberté de transformer leur ambition en réalité.
La fierté ne se décrète pas. Elle ne se vote pas à l’Assemblée nationale. Elle se construit dans les vies concrètes, dans les efforts répétés, dans les libertés assumées. Et c’est seulement lorsque des individus accumulent cette fierté personnelle qu’émerge, de manière organique, une fierté collective qui a du sens — non pas imposée d’en haut, mais jaillissant d’en bas.




Le politicien utilise la fierté comme levier émotif pour manipuler les gens. Bon texte.