La récente décision du Comité international olympique d’introduire des tests génétiques fondés sur le gène SRY pour encadrer la participation aux catégories féminines a suscité des réactions virulentes chez certains « experts » et politiciens, notamment de la part de Manon Massé, députée de Québec Solidaire. Celle-ci a dénoncé une dérive « trumpiste » et affirmé que « la science est très claire » sur les questions de transidentité. Pourtant, c’est précisément sur le terrain scientifique que cette critique vacille.
Le gène SRY (pour Sex-determining Region Y) joue un rôle central dans la détermination du sexe biologique chez les mammifères. Il agit comme un déclencheur du développement testiculaire lors de l’embryogenèse, initiant une cascade hormonale qui influence directement des caractéristiques physiologiques majeures comme la masse musculaire, la densité osseuse et les capacités cardiovasculaires. Ces différences ne sont pas anecdotiques : elles sont au cœur de la séparation des catégories sportives masculines et féminines. Dans ce contexte, utiliser le gènes SRY comme critère n’est pas une dérive idéologique, mais une tentative de s’appuyer sur un marqueur fonctionnel et reconnu comme étant directement lié aux performances physiques.
Contrairement à une vision simplifiée de la biologie, la détermination sexuelle ne se résume pas à la simple présence des chromosomes XX ou XY. Ce qui compte réellement, c’est l’activation des mécanismes biologiques associés à ces structures, notamment ceux initiés par le SRY. C’est précisément pourquoi ce gène constitue un indicateur plus pertinent que la seule observation chromosomique : il permet de mieux capter la réalité fonctionnelle du développement sexuel.
Pour comprendre à quel point la biologie peut être plus nuancée que les slogans politiques, il suffit d’observer certains cas fascinants dans le règne animal. Le Tokudaia osimensis, un rongeur japonais, en est un exemple remarquable. Cette espèce a complètement perdu son chromosome Y au cours de son évolution, un phénomène qui, selon une vision simpliste, aurait dû empêcher toute différenciation sexuelle mâle. Et pourtant, des mâles et des femelles continuent d’exister chez cette espèce.
Comment cela est-il possible ? La réponse illustre parfaitement la plasticité de la biologie. Chez cette espèce, l’évolution a « contourné » la disparition du chromosome Y en développant un nouveau mécanisme génétique. Une duplication clé située près du gène SOX9 sur le chromosome 3 agit désormais comme facteur déterminant du sexe mâle, remplaçant le rôle autrefois joué par le chromosome Y et le gène SRY. Autrement dit, la fonction biologique a été préservée, même si le support génétique a changé. Ce cas démontre que ce ne sont pas les chromosomes en eux-mêmes qui importent, mais les mécanismes qu’ils déclenchent.
Ce point est crucial, car il met en lumière une réalité que le discours politique tend à ignorer : la biologie n’est pas une construction idéologique, mais un système complexe où les fonctions priment sur les étiquettes. En ce sens, l’approche du CIO, qui cherche à s’appuyer sur des indicateurs fonctionnels comme le SRY, s’inscrit dans une logique scientifique cohérente.
À l’inverse, affirmer que « la science est claire » tout en rejetant un critère biologique pertinent révèle une contradiction fondamentale. La science n’est pas un outil rhétorique permettant de clore un débat politique ; elle est une méthode qui exige rigueur, nuance et adaptation aux données. Lorsqu’un acteur politique invoque la science tout en refusant ses implications, il ne la défend pas : il la détourne.
Dans le contexte du sport de haut niveau, l’objectif n’est pas de trancher des débats philosophiques sur l’identité, mais d’assurer une équité compétitive. Les catégories féminines existent précisément pour compenser des différences biologiques mesurables qui influencent la performance. Ignorer ces différences ou les redéfinir pour des raisons idéologiques revient à compromettre l’intégrité même de ces catégories.
Qualifier la décision du CIO de « trumpiste » ne constitue pas un argument, mais une stratégie de disqualification par association. Cela évite d’aborder le fond du débat, qui est pourtant simple : quelles sont les bases biologiques pertinentes pour garantir l’équité dans le sport ? Sur cette question, la science est effectivement claire, mais pas dans le sens suggéré par ses critiques.
Le cas du rongeur japonais le démontre avec éloquence : la biologie ne se limite pas à des slogans simplistes sur les chromosomes. Elle repose sur des mécanismes fonctionnels précis, parfois complexes, mais toujours mesurables. Et lorsque ces mécanismes sont pertinents pour un domaine comme le sport, il est légitime de les utiliser.
La science ne se plie pas aux préférences politiques. Elle s’impose, qu’on le veuille ou non.

